Un coucher de soleil, au parc Murphys Point

Une brève introduction à l’anishinaabemowin

Le billet d’aujourd’hui provient de DJ Fife, gardien de parc au parc provincial Petroglyphs. DJ profite de chaque occasion au parc et de la vie quotidienne. DJ a enseigné l’anishnaabemowin pendant plusieurs semestres au Collège Georgian à Barrie et lors de quelques autres événements culturels.

L’anishinaabemowin a toujours joué et jouera toujours un rôle important dans ma vie.

J’ai été chanceux d’avoir eu la possibilité d’apprendre ma langue traditionnelle. Certaines personnes affirment que je maîtrise la langue, mais j’essaie d’éviter les étiquettes. J’aurai toujours des notions à apprendre, et sincèrement, j’ai encore de la difficulté à suivre lorsque j’écoute les personnes dont c’est la langue maternelle.

Dans mon cas, à 28 ans, je fais partie d’un très petit nombre de jeunes Anishinaabe qui sont capables de tenir une conversation dans notre langue traditionnelle.

Mais il y a des milliers de personnes qui cherchent à apprendre la langue.

DJ portant an canot

Seriez-vous étonné que découvrir que vous reconnaissez un certain nombre de mots de l’anishinaabemowin?

En tant que langue qui s’est formée sur cette terre, de nombreux noms géographiques trouvent leur origine dans l’anishinaabemowin ou d’autres langues algonquiennes apparentées comme le cri ou le potawatomi.

Les locuteurs des langues algonquiennes étaient généralement les premiers à rencontrer les explorateurs et les colons anglais sur la côte Est de l’Amérique du Nord. Ainsi, beaucoup de mots anglais proviennent de ces langues.

En effet, le nom d’environ un parc provincial sur cinq provient de l’anishinaabemowin ou d’une langue algonquienne apparentée. Les noms Québec, Manitoba, Saskatchewan et de quelques états américains proviennent également de la famille linguistique algonquienne.

Le panneau à l’entrée du parc provincial Batchawana Bay

Voici quelques mots de l’anishinaabemowin qui devraient vous sembler familiers  :

  • moozo (semblable au mot orignal en anglais, « moose »)
  • jidmoonh (semblable au mot suisse en anglais, « chipmunk » – jidmoonh signifie en fait écureuil)
  • maanzh-ginoozhe (maskinongé)
  • makizin (mocassin)
  • bagaan (pacane ou noix, prononcé “bug-onn” – le mot pacane semble provenir de l’illinois « pakani ».)

Malheureusement, la plupart des gens ne connaissent pas l’histoire de ces mots ou des gens qui utilisaient ces mots à l’origine.

Pour les personnes qui aimeraient apprendre un peu l’anishinaabemowin

Voici quelques traductions couramment recherchées pour des mots de politesse, par exemple, « s’il vous plaît », « bienvenue », « bonjour » et « au revoir ».

Il n’y a aucun mot pour « s’il vous plaît » en anishinaabemowin. Le terme est utilisé un peu comme le mot « au revoir » — « Gwaabmin » signifie littéralement « à tantôt ».

« Aaniin » (ou « Aanii » en outaouais et certaines communautés avoisinantes) est une expression souvent utilisée en guise de salutation. Dans le cas présent, cela signifie essentiellement « comment » (c.-à-d. la version abrégée de « comment ça va? »). « Aaniin » peut également être utilisé dans une question, comme « quel » ou « quoi ».

Centre d'accueil de Petroglyphs

Certaines personnes utilisent le mot « Boozhoo » comme salutation formelle lorsqu’elles rencontrent quelqu’un pour la première fois. À mon avis, ce mot comporte un certain défi en référence au filou Nenboozhoo (Nanabush), qui – étant capable de se transformer – pourrait vous rencontrer déguisé en tant qu’humain. En appelant « Boozhoo » en tant que test, l’idée est que l’individu pourrait donner une histoire ou un tressaillement si la personne est Nanabush, pensant qu’il s’est fait prendre. Ce tressaillement vous indique que cette personne pourrait être le filou déguisé.

Même le mot « miigwech » pour « merci » pourrait avoir une histoire plus récente que l’on pourrait croire. « Mii » et « gwech » sont des mots séparés qui jumelés signifient « c’est correct /exact/suffisant ». De nos jours, « miigwech » signifie universellement « merci », comme c’est le cas depuis au moins 200 ans.

Pourquoi les différences?

Ma compréhension du manque de formalités est une différence culturelle. Tel que je le comprends, la culture anishinaabe traditionnelle repose sur la collaboration et la gratitude comprises et assumées. Il n’est pas nécessaire de dire « s’il vous plaît », « merci » et « bienvenue ». La gratitude s’exprime dans la collaboration et le partage.

Cela est logique lorsque l’on tient compte des structures sociales typiques dans la culture traditionnelle. En comparaison à aujourd’hui, il est facile de considérer « s’il vous plait » et « merci » comme des formalités non nécessaires lorsque vous communiquez avec votre famille chez vous comparativement à faire affaires avec des étrangers.

D’autres expressions pour les débutants

Voici des expressions de base typiques enseignées aux personnes qui apprennent la langue :

  • Aaniin,               ndizhnikaaz  (Bonjour, je m’appelle              .)
  •                   Ndooonjibaa  (Je viens de    _____       .)
  •                   Gdizhnikaaz  (Vous vous appelez               .)
  •                   Gdooonjibaa  (Vous venez de           ___.)
  • Aaniin ezhnikaazyen? (Quel est votre nom?)
  • Aandi wenjibaayen? (D’où venez-vous?)
  • Aabiish wenjibaayen? (pour le dialecte outaouais/île Manitoulin)
  • Gdi-ntaa-nishnaabem na? (Parlez-vous [bien] ojibwé?)
  • Gaawiin/Kaawiin/Kaa (Non)
  • Enh (Oui <– « enh » est un son nasal, comme un “et” un peu long)
  • Kaawiin Ndi-ntaa-nishnaabemsii (Je ne parle pas ojibwé [très bien])
  • Aaniin e-kidod? (Qu’est-ce qu’il/elle dit?)
  • Aaniin e-kidoyen? (Qu’est-ce que vous dites? <– mes grands-parents disaient « Aaniin ektoyen? »)
  • Ndikid (je dis)
  • Gdikid (tu dis, vous dites)
  • Kido (il/elle dit)

Protéger et partager notre culture

L’anishinaabemowin peut être un sujet de nature délicate pour certains Anishinaabeg. Certains se sentent honteux de ne pas connaître la langue, ou se sentent frustrés avec les défis d’apprentissage et avec leur utilisation de la langue. D’autres personnes pourraient toujours être très préoccupées de la langue en danger.

Bien que l’on sache d’où provient l’anishinaabemowin, la langue n’est pas nécessairement en sécurité.

Des falaises blanches

Lors du recensement de 2011, il y avait environ seulement 213 000 locuteurs de langues autochtones au Canada sur une population de plus de 33 millions de personnes. Il y a plus de 40 langues non autochtones parlées au Canada qui comptent plus de locuteurs que l’anishinaabemowin, qui – derrière le cri et l’inuktitut – est la troisième langue autochtone la plus parlée.

Selon moi, le danger est que si par exemple le grec – qui compte six fois plus de locuteurs au  Canada – n’était plus utilisé au Canada, il reste la Grèce où la langue grecque est toujours couramment utilisée et la culture grecque se poursuit depuis des millénaires.

Mais si l’anishinaabemowin continue son déclin au point de ne plus être utilisé dans sa région traditionnelle, il n’existe aucun autre endroit au monde où vous trouverez cette langue.

Ce qui est encore plus déprimant est que peu de Canadiens reconnaîtraient l’anishinaabemowin ou d’autres langues autochtones s’ils les entendaient, même s’ils savent que les peuples autochtones habitent dans leur région. C’est le genre de considérations qui poussent ma passion derrière le peuple Anishinaabe qui est déterminé à préserver sa langue traditionnelle.

Un rappel vivant

En plus du sentiment de la langue faisant partie de la continuité culturelle, mon travail en tant que gardien de parc a lieu au parc provincial Petroglyphs.

gardien de parc se tenant debout devant le bâtiment, près de l'enseigne
DJ à Petroglyphs

Les pétroglyphes, pour ceux qui ne les connaissent, sont une concentration de gravures rupestres faites par les peuples autochtones il y a plus de 600 ans. Il s’agit d’un lieu unique.

En plus d’offrir une possibilité éducative et historique aux visiteurs, il s’agit toujours d’un lieu   cérémonial et spirituel pour les peuples autochtones.

Au cours des années où j’ai travaillé à Petroglyphs, ce que j’ai appris des aînés et des gens suivant les traditions est que ce lieu ne doit pas être considéré comme un vestige sans importance ou un trésor passé, mais comme un lieu spirituel et cérémonial, représentant un peuple et une culture qui sont toujours présents, en plus d’un rappel que nous, les peuples autochtones, n’avons pas été vaincus de notre patrie.

Des pétroglyphes

Ce lieu – et les peuples autochtones en général – ne sont une exposition de musée ou des personnages historiques dans un livre d’histoire; nous sommes toujours ici.

L’anishinaabemowin est semblable au lieu des pétroglyphes. La langue s’est préservée et est associée aux peuples qui ont vécu sur cette terre depuis très longtemps. Cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’une simple tâche de préserver l’anishinaabemowin ou le lieu des pétroglyphes en tant que choses vivantes.

Le défi d’équilibrer l’utilisation cérémoniale du lieu avec son existence au milieu de la société  occidentale rappelle les défis auxquels sont confrontés les Anishinaabeg et les autres peuples autochtones en essayant d’équilibrer leurs cultures, langues et identités avec les réalités de la vie moderne.

L’avenir de l’anishinaabemowin

Malgré la présente situation, il y a tellement d’espoir pour l’anishinaabemowin pour la génération actuelle. En plus du nombre de collectivités éloignées où la langue est un peu à l’abri, de nombreuses ressources existent pour les apprenants de la langue sous la forme de livres, de sites Web et même certaines applications pour les appareils mobiles. Il y a de nombreuses personnes qui s’efforcent de préserver, de promouvoir et d’utiliser la langue tous les jours.

Des camps d’immersion se tiennent à divers endroits, où l’utilisation de l’anglais est restreinte pour stimuler l’apprentissage significatif pour la durée de l’événement. Des cours et des classes ont lieu au sein de diverses communautés et auprès de divers établissements d’enseignement, notamment des écoles primaires et secondaires.

Bien qu’il reste des défis et certaines pertes culturelles incommensurable, il y a énormément de choses à accomplir pour préserver l’une des langues autochtones de cette terre et nombreux sont ceux qui continuent le travail pour poursuivre la tradition.

Un coucher de soleil

La prochaine fois que vous êtes assis autour d’un feu près d’un lac, imaginez la voix des peuples qui existent sur cette terre depuis de nombreux siècles. Imaginez toute leur histoire, tout ce qu’ils ont vu et vécu, et sachez ce que ces voix parlent l’anishinaabemowin ou d’autres langues autochtones qui se sont formées sur cette terre, comme le pin blanc ou le trillium blanc que nous associons généralement aux paysages de l’Ontario.

Les langues des Premières Nations de l’Ontario font autant partie de l’histoire de l’Ontario que la terre et l’eau.

Dga naa anishinaabemodaa. (Allez, parlons anishinaabemowin.)

Je vous invite à en apprendre davantage sur la langue :