L’orignal et les tiques d’hiver et la perte de poils

Chaque année, au moins un visiteur demande aux biologistes du parc provincial Algonquin « Pourquoi l’orignal que j’ai vu avait-il des plaques dégarnies de poils? ».

Dans une mauvaise année, cette question sera fréquente.

Qu’est-ce qui cause la perte de poils?

Cette perte de poils est causée par des infestations de tiques d’hiver, Dermacentor albipictus, lesquelles provoquent de vives démangeaisons chez les orignaux qui se lèchent et se toilettent continuellement, au point d’en perdre leurs poils.

En plus d’être extrêmement ennuyeuses pour l’orignal, ces tiques sanguinivores qui déclenchent des démangeaisons l’exposent également à un danger de mort en le rendant vulnérable aux éléments – l’hypothermie.

Orignal présentant une perte modérée de poils. Photo : Ian Shanahan

Les larves de la tique d’hiver (ou tique de l’orignal) se fixent à l’orignal au début de l’automne, à la période des amours des orignaux, lorsqu’ils se déplacent. Les larves reposent sur la végétation, en attente (on dit aussi en quête) d’un orignal chaud de passage à portée de leurs crampons tendus.

Tique d’hiver

Les tiques restent sur l’orignal pendant l’hiver et commencent à se nourrir de son sang. Au printemps, les tiques femelles adultes grossissent jusqu’à atteindre la taille d’un raisin, gorgées de sang après des mois de repas sanguins.

Un veau d’orignal avec une forte population de tiques femelles peut perdre environ la moitié de son volume sanguin total en deux à quatre semaines. Certains orignaux peuvent héberger jusqu’à 15 000 de ces tiques à la fois.

La combinaison de perte de sang et perte de poils peut entraîner une perte de poids rapide, un épuisement des réserves de graisse et l’hypothermie, menaçant ainsi l’orignal de ne pas survivre à l’hiver.

Devrions-nous tenter de porter assistance?

Bien que pénible à observer, la tique d’hiver est un parasite naturel de l’orignal. La Dermacentor albipictus voyage clandestinement sur l’orignal dans les forêts du Canada depuis des siècles.

Orignal s’abreuvant

Cela dit, les orignaux constituent une partie importante de l’écosystème du parc Algonquin et la forte mortalité d’orignaux a été associée à la tique de l’orignal au fil des ans.

Nous ignorons encore beaucoup de choses sur la tique d’hiver et sa relation avec l’orignal. Il existe une corrélation entre la météo et l’abondance de tiques, les tiques étant plus nombreuses les années avec un automne chaud et un printemps précoce. Cette relation peut devenir plus prononcée alors que les conditions météorologiques changent.

Bien que l’impact des tiques ne soit pas suffisant pour éliminer l’orignal du parc Algonquin, elles peuvent affecter très concrètement la population d’orignaux, ce qui pourrait éventuellement influer sur la planification future du parc.

Depuis 1984, des biologistes du parc provincial Algonquin effectuent des observations aériennes au printemps pour évaluer le degré de perte de poils chez les orignaux.

Hélicoptère

La biologiste du parc Algonquin, Jennifer Hoare, déclare « Grâce à de telles observations, nous sommes en mesure de mieux comprendre l’influence des tiques sur la population d’orignaux dans le parc. Nous pouvons également partager l’information avec d’autres compétences dont les populations d’orignaux sont touchées par les tiques d’hiver. »

Vous voulez vous engager?

Plusieurs provinces du Canada et États du nord des États-Unis s’intéressent de plus en plus à la surveillance de la tique d’hiver et sa relation avec les populations d’orignaux, plusieurs de ces régions connaissant une diminution des nombres d’orignaux.

Vous pouvez contribuer en rendant compte de vos observations de la tique d’hiver par le biais d’iNaturalist (pour en savoir plus sur iNaturalist, cliquez ici). Prenez simplement une photo de l’orignal, identifiez-la ou marquez-la de la légende « tique d’hiver » et décrivez la quantité et les régions d’observation de perte de poils.

Observation printanière d’un orignal dans le parc provincial Algonquin

Vous pouvez également documenter les tiques d’hiver observées sur le sol, par exemple dans un lit d’orignal. Ces observations aident les biologistes à déterminer le moment, la répartition et les niveaux de tiques d’hiver au cours d’une période donnée.

Dans le parc provincial Algonquin, vous pouvez également faire part de vos observations au personnel du parc. Souvenez-vous simplement que tout aussi alarmant que cela puisse paraître, la perte de poils d’un orignal est un phénomène naturel.

(Que les usagers du parc se rassurent, la tique de l’orignal est rarement un problème pour les humains. Cependant, vous devriez prendre les précautions normales lorsque vous parcourez les bois.)