L’histoire cachée des étoiles / Un cœur rempli de fierté

Le billet d’aujourd’hui provient de Will Morin, professeur d’études autochtones à l’Université de Sudbury, et Bruce Waters, ancien éducateur au planétarium McLaughlin et fondateur de l’observatoire au parc provincial Killarney.

Le moment est venu d’apprendre les traditions astronomiques des diverses cultures autochtones des Amériques.

Pour ceux d’entre nous qui visitent les parcs les plus éloignés de Parcs Ontario, l’observation du ciel nocturne est spectaculaire. Loin des lumières de la ville, au cœur de la forêt, les étoiles étincelantes vous invitent à les admirer et à les comprendre.

Une tente éclairée sous un ciel étoilé

Pendant des milliers d’années, nos ancêtres ont levé les yeux vers le ciel nocturne et ont réussi à trouver un moyen de lier nos âmes et nos esprits aux lueurs omniprésentes dans l’obscurité. En fin de journée, une fois toutes les corvées terminées, les communautés pouvaient se rassembler à un endroit local afin de raconter les aventures quotidiennes et transmettre les leçons à la génération suivante.

Parfois, sous la voûte céleste composée de milliers d’étoiles, les anciens méditaient sur les histoires éternelles de dieux, les bons et les mauvais moments, le développement personnel, l’espoir et le désir. Les aînés de ces communautés racontaient de nouveau les histoires de l’origine ou les enseignements culturels connexes. Donc, il n’est pas étonnant que ces récits se trouvent dans les figures dessinées par les étoiles dans le ciel afin qu’ils puissent être observés pour l’éternité.

Si on se pose la question de savoir s’il y a plus d’une façon d’apprécier ces récits sur les étoiles? Sans équivoque, la réponse est oui!

Partout dans le monde, les cultures ont créé leurs propres constellations à l’image des histoires qui leur étaient importantes

Par exemple, la figure connue sous le nom de Grande Casserole (trois étoiles formant une manche et quatre étoiles formant un bol, voir ci-dessous) n’est pas une constellation grecque officielle, mais un astérisme populaire qui fait partie d’une plus grande constellation connue sous le nom de Grande Ourse (Ursa Major) et est d’origine grecque ancienne.

Dessin de la Grande Ourse (Ursa Major) de Johannes Hevelius datant de 1690. Les sept étoiles de la « Grande Casserole » ont été marquées séparément du dessin original.

Les étoiles de la Grande Casserole elle-même formaient la « Gourge à boire » africaine, la figure d’étoiles utilisée par les esclaves afro-américains lorsqu’ils suivaient le chemin de fer souterrain vers le nord.

Il y a 88 constellations qui sont devenues officiellement reconnues dans le monde entier comme une référence commune. La plupart d’entre elles ont été créées dans la Babylone antique et incorporées dans le savoir des Grecs anciens.

Cependant, de nombreuses cultures ont vu différentes figures dans les étoiles et leur ont donné des noms de constellations qui étaient importants pour eux. Par exemple, les Britanniques considéraient les étoiles (de la Grande Casserole) de la région de la Grande Ourse comme la « Charrue » (Plough). Les Allemands les voyaient comme un « Wagon », tandis que les hindous les voyaient comme le « Septarshi », chaque étoile représentant l’un des Sept Sages.

Les gens du Moyen-Orient y voyaient un cortège funèbre, les quatre étoiles du bol de la Grande Casserole représentant le cercueil et les trois étoiles du manche représentant les porteurs de cercueil. Les Chinois y voyaient le siège du pouvoir gouvernemental.

Mais qu’en est-il des récits de ceux qui vivaient en Ontario bien avant la colonisation : les peuples autochtones?

L’astronomie autochtone

Pour comprendre les histoires des étoiles des peuples autochtones, nous devons comprendre la géographie à laquelle nous faisons référence.

Les peuples autochtones des forêts de l’Amérique du Nord étaient et sont toujours les Anishinaabek, « le peuple qui était plus bas [de la Terre] ». Au sud, il y avait et il y a toujours les Haudenosaunee, le « peuple de la longue maison » (souvent connu sous le nom des Iroquois).

Les deux groupes culturels partageaient de nombreux éléments culturels, mais étaient linguistiquement aussi différents et diversifiés que les divers groupes culturels européens. Chaque groupe avait de nombreux groupes tribaux et dialectes différents au sein de la géographie diversifiée autour des Grands Lacs et au-delà dans toutes les directions.

  • les Anishinaabek : les Ojibway, les Odawa, les Potawatami autour des Grands Lacs, les Algonquiens dans les forêts de l’Est, et les Cris dans le forêts du Nord et de l’Ouest.
  • la Confédération des Haudenosaunee : les Mohawk, les Oneida, les Onondaga, les Cayuga, les Seneca et les Tuscarora au sein de nombreuses communautés au sud-est des Grands Lacs.

Pour comprendre ces différentes tribus et leur diversité culturelle, il faudrait connaître le contexte dans lequel elles vivaient, y compris leur géographie et leur relation avec la terre, le ciel et les étoiles chaque saison.

Ce n’est que de ce point de vue que nous pouvons comprendre la culture ou les enseignements autochtones, ce qui est nécessaire avant que vous puissiez vraiment comprendre leurs histoires. Vous pouvez consulter cette carte pour voir votre propre région.

Les histoires sur les étoiles / Anangoonh Aadizokaanan

Tout comme la colonisation européenne de la terre, il y a eu une imposition d’histoires sur les étoiles européennes sur les histoires déjà existantes et riches des Amériques.

Les histoires sur les étoiles autochtones existantes n’étaient pas seulement des histoires « d’êtres supérieurs » et de leurs rencontres souvent amoureuses, mais elles étaient considérées comme faisant partie d’une perspective globale de la vie et de la spiritualité. Tout, la flore, la faune, l’eau, le ciel et l’air étaient entrelacés dans un réseau complexe de vie, de compréhension et de respect. Les étoiles jouaient un rôle principal dans la compréhension du récit.

Anishinaabemowin, la langue des Anishinaabe, est une langue d’action et de gestes. Cette langue même parle de la science qui existe dans l’espace, de la façon dont quelque chose fonctionne et de son état d’être. Toutes ces idées sont nécessaires pour donner le contexte de l’astronomie autochtone.

Pour les Anishinaabe, les étoiles sont animées parce qu’elles bougent et ont un esprit. La spiritualité joue un grand rôle dans l’univers en raison de leur mouvement et de leur énergie. Le créateur Anishinaabek a eu l’idée de former les clans à partir des étoiles pour que tout commence avec les étoiles. Apprendre à comprendre les étoiles est crucial pour prédire le temps et la migration saisonnière ainsi que d’autres activités importantes dans la vie d’une personne.

Par exemple, dans cette partie du monde, nous vivons les quatre saisons qui, pour de nombreux Autochtones, sont marquées par les événements suivants :

  • Automne : la période de la chasse à l’orignal procure la nourriture et le matériel nécessaires pour durer tout au long de l’hiver
  • Hiver : la période pour raconter des histoires et passer du temps en famille, et renouer les liens les uns avec les autres
  • Printemps : la période de la débâcle des glaces, des inondations saisonnières et du danger
  • Été : la période du trappage et du temps libre

Les constellations du ciel ojibwé sont fortement remplies d’histoires traitant de thèmes clés qui prennent le dessus du ciel nocturne lors d’une saison particulière. Par exemple, dans le ciel d’automne, il y a la grande constellation d’un orignal qui devient le centre du ciel nocturne à cette période de l’année. Parallèlement, l’automne était également la période de la chasse à l’orignal, au cours de laquelle de nombreuses personnes participaient soit à la chasse, soit à la récolte de l’orignal.

Au printemps, il y a le danger de tomber à travers la glace qui casse et d’être emporté par le vent. Souvent, à cette époque de l’année, on peut entendre le craquement sous la glace. Il n’est pas étonnant que la constellation qui représente cette période de l’année et qui est bien placée dans le ciel nocturne soit la panthère d’eau/le lynx dont la queue briserait la glace, mettant ainsi en danger la vie de nombreuses personnes.

Les constellations autochtones donnent la riche perspective d’une compréhension intégrée de la vie et de la mort qui sert de rappel constant de la façon dont il faut vivre sa vie. D’autres constellations ont abouti à d’autres histoires qui permettraient à la fois d’approfondir la compréhension du monde ainsi que de donner une morale ou un mode de vie à suivre.

Quelles figures d’étoiles les peuples autochtones voient-ils dans la Grande Casserole?

Les Haudenosaunee voyaient un ours dans la région de la Grande Ourse (Ursa Major), mais l’ours lui-même était le bol de la casserole et la « queue » était en fait trois oiseaux chasseurs pourchassant l’ours.

La constellation de l’ours

Cette histoire semble mieux correspondre à la figure des étoiles que celle de la « Grande Ourse » plus connue, puisque l’énorme queue de l’ours (les ours ont en fait de très petites queues) est complètement éliminée. Cela nous rappelle aussi que les feuilles changent de couleur lorsque la constellation des Ourses est basse dans le ciel, ou nous rappelle la couleur d’un merle.

Pour le peuple Anishinaabek, cette figure d’étoiles n’était pas du tout un ours, mais Ojiig le Pêcheur (prononcé Oh-JEEG avec un accent sur la deuxième syllabe).

Ojiig, le pêcheur et le Maang, le huard, superposés aux constellations traditionnelles « occidentales/grecques ». Source : Gros plan, « Ojibwe Giizhig Anung Masinaaigan – Ojibwe Sky Star Map », créé par A. Lee, W. Wilson, C. Gawboy, ©2012

En étant à la fois fort et courageux, Ojiig a sauvé les oiseaux de l’été, mais au prix de sa propre vie (voir la flèche dans sa queue sur la photo ci-dessus).

Pour commémorer sa bravoure, son image a été placée parmi les étoiles pour que tous puissent la voir. Les étoiles de la région de la Petite Ourse étaient connues des Anishinaabek sous le nom de Maang le huard (prononcé MAHng). Ojiig et Maang sont de belles constellations qui correspondent aux astérismes qu’elles occupent, et ne sont que quelques-unes des constellations connues des peuples autochtones.

La conservation des connaissances

Selon les aînés de diverses communautés, il y a bien longtemps, chaque étoile avait un nom ou un lien avec une constellation, chacune avec ses propres histoires à raconter et ses leçons à tirer. Ces renseignements, et bien d’autres, nous échappent en raison de la colonisation et de la rupture ou de l’interdiction pure et simple du partage des connaissances et des pratiques traditionnelles.

Les étoiles au parc Killarney

Heureusement pour nous, il y a eu des gardiens du savoir et des aînés qui ont transmis les connaissances orales d’une génération à l’autre. Leurs histoires sur les étoiles, ainsi que celles trouvées sur les rouleaux d’écorce de bouleau, ont servi d’outil de mémoire pour permettre aux chefs communautaires de perpétuer les traditions et de transmettre les connaissances qu’ils possédaient.

Au cours de la dernière décennie, des personnes et des organisations incroyables comme Native Skywatchers, Wilfred Buck, The Star Guy, et Annete S. Lee, William P. Wilson et « Ojibwe Sky Star Map » de Carl Gawboy ont rassemblé ces connaissances grâce à une recherche approfondie, complétant certains des renseignements perdus, et créant de belles images qui correspondent aux belles histoires.

Créer des liens aux histoires de ceux qui vivaient en Ontario bien avant la colonisation, les peuples autochtones, constitue un changement de perspective et un geste de respect. Nous nous devons, ainsi qu’à ceux qui nous ont précédés, d’apprendre ces histoires.

Cette année, notre événement annuel Des étoiles au-dessus du parc Killarney présente une journée d’astronomie et d’apprentissage autochtones.

Saviez-vous que 2019 est l’année des langues autochtones des Nations Unies?

Pour souligner l’occasion, le parc provincial Killarney ainsi que ses partenaires sont ravis de présenter Des étoiles au-dessus du parc Killarney – édition2019, une fin de semaine d’astronomie et d’apprentissage culturel autochtones!

Pour en savoir davantage!

Will Morin est professeur d’études autochtones à l’Université de Sudbury et ancien chef intérimaire du First Peoples National Party of Canada. Il est un artiste actif et un défenseur culturel des droits des Premières Nations et travaille sans relâche depuis plus de deux décennies pour représenter les intérêts et les perspectives des peuples autochtones auprès des Canadiens non autochtones.

Bruce Waters enseigne l’astronomie au public depuis 1980. Il est un ancien éducateur au planétarium McLaughlin, le fondateur de l’Observatoire du parc provincial Killarney et rédacteur scientifique. Il est l’auteur du livre A Camper’s Guide to the Universe et contribue régulièrement au blogue mensuel « Les yeux vers le ciel » de Parcs Ontario.

Les auteurs aimeraient remercier les aînés et les gardiens du savoir de la Wiikwemkoong Heritage Organization pour leur examen et leurs commentaires sur cet article, notamment Brian Peltier et Madeline Wemigwans.