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Le castor, architecte de la biodiversité

Parcs Ontario braque ses protecteurs cette année sur des espèces canadiennes représentatives à l’occasion du 150e anniversaire du Canada. Pour l’espèce suivante, nous nous joignons à Dave Sproule, spécialiste des programmes éducatifs du patrimoine naturel, pour une conversation sur l’importance écologique et culturelle du castor, qui est devenu le symbole officiel du Canada en 1975.

Nous savons tous que le castor est industrieux. Il se construit des barrages, des canaux et de solides abris appelés huttes, qui sont chauds en hiver. Il répare tous ces barrages et accumule assez de nourriture pour survivre aux longs hivers du nord.

Nous savons que l’environnement canadien convient bien au castor. Celui-ci est amphibie – davantage chez lui dans l’eau que sur terre – avec ses pieds postérieurs palmés, ses narines obturables, une troisième paupière, transparente, qui protège l’œil lorsqu’il est sous l’eau, et une grosse queue plate qui lui sert de gouvernail quand il nage.

Toutefois, la principale raison de célébrer le castor en ce 50e anniversaire, c’est qu’il a construit le Canada, et façonné son paysage à la fois historique et écologique.

Il a façonné l’histoire

Il y a deux espèces de castor dans le monde : le castor d’Amérique du Nord (Castor canadensis) et le castor d’Eurasie (Castor fiber). Au début du XVIIe siècle, le castor se faisait rare en Europe.

beaver swimming

La fourrure imperméable qui tenait le castor au sec et au chaud lorsqu’il nageait sous l’eau était également utile pour confectionner des chapeaux imperméables. À cette époque-là, il n’y avait pas de parapluies, et les vêtements imperméables devaient être cirés ou huilés. En conséquence, les chapeaux imperméables faits de feutre à partir du sous-poil de peaux de castor étaient très populaires.

Lorsque des explorateurs français ont appris qu’on trouvait en abondance en Amérique du Nord des castors dont la fourrure était plus épaisse que celle des castors d’Europe, ils ont vite établi des postes de traite et commencé à troquer des fourrures avec les Autochtones.

map from 1600s
Cette carte a été publiée en 1688, à peu près à l’époque où les coureurs des bois français commençaient à repenser le canot autochtone en écorce de bouleau pour en faire l’énorme canot des voyageurs de 10 mètres de long, construit pour transporter des tonnes de biens d’échange et de fourrures provenant de loin dans l’intérieur de l’Amérique du Nord. On y voit les découvertes géographiques de l’époque, dont le Mississippi, favorisées par la traite des fourrures.

La traite est vite devenue extrêmement compétitive. Des guerres ont éclaté pour des territoires de chasse, d’abord au milieu du XVIIe siècle entre les Haudenosaunees (Iroquois) et les Wendats (Huron). Elles sont connues sous le nom de « guerres du castor ». Quelques dizaines d’années plus tard, une guerre provoquée par la traite a éclaté entre les Français et les Anglais sur les eaux de la baie d’Hudson.

Et pourtant la demande de peaux continuait de croître. Ce qui était un article vestimentaire pratique – un chapeau imperméable qui tenait la tête et le cou au sec – est également devenu un accessoire de mode. Les gens avaient besoin de plusieurs chapeaux et voulaient le tout dernier modèle. Aristocrates, dames, marchands, soldats et marins avaient tous leur propre type de couvre-chef.

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Cette carte montre la région des Grands Lacs au début du XVIIIe siècle. Les secteurs vert foncé sont les “chasses de castor”.

 

À l’apogée de la traite dans les années 1780, deux compagnies principales étaient en concurrence : la Compagnie de la Baie d’Hudson, fondée en 1670, et une nouvelle société, la Compagnie du Nord-Ouest, qui était administrée par un groupe de marchands indépendants à Montréal. Ces « Canadiens », comme les appelaient les hommes de la CBH, créèrent une série de postes de traite à travers le continent, supplantant la CBH, qui était plus ancienne.

Le piégeage s’accéléra et, vers les années 1820, le castor avait presque disparu de l’Ontario. La traite des fourrures déclina au milieu du XIXe siècle, et les chapeaux de feutre commencèrent à être remplacés par des chapeaux de soie.

beaver depletion map

Le Canada moderne a été construit par la traite des fourrures. Au point de vue économique, celle-ci a été pendant des siècles l’industrie la plus importante; sur le plan territorial, les postes de traite ont établi une présence canadienne jusqu’à l’océan Pacifique, en concurrence directe avec les marchands de fourrure américains et les ambitions territoriales des États-Unis. Sans la traite des fourrures, le Canada n’existerait peut-être pas.

Mais le castor en a payé le prix.

Il a façonné le paysage écologique

La traite des fourrures a fait disparaître le castor d’une grande partie de son aire en Amérique du Nord (on croit que le nombre de castors est passé d’environ 400 millions au XVIe siècle à une quasi-extinction au milieu du XIXe siècle).

La disparition des castors était également celle de la biodiversité.

beaver pond

La biodiversité est la diversité et la variabilité de la vie sur terre. Le castor est une espèce « clé de voûte » pour la biodiversité – les changements qu’il apporte au paysage en construisant des barrages, en abattant des arbres et en inondant des vallées procurent un habitat à beaucoup d’autres espèces.

painted turtles
Ces Tortues peintes jouissent des eaux calmes d’un étang de castors.

En transformant son environnement, le castor crée dans la forêt des habitats divers là où il n’y avait qu’uniformité. Il ouvre la canopée en abattant des arbres et en laissant pénétrer la lumière; il crée des « bordures » le long des étangs et des terres humides, augmentant le nombre d’arbustes et d’autres plantes fournissant un habitat aux insectes, aux oiseaux et à d’autres animaux.

Yellow Warbler
On trouve souvent des Parulines jaunes dans les “habitats riverains” – les habitats herbus et arbustifs proches du bord des lacs, des rivières et des marécages de castors.

Des cours d’eau devenus étangs offrent aux poissons davantage d’eau pour y vivre. L’omble de fontaine se plaît dans les eaux profondes, où des sources alimentent l’étang et maintiennent une certaine fraîcheur en été. Les étangs de castors fournissent des eaux calmes aux insectes aquatiques et à d’autres invertébrés, aux grenouilles, aux tortues, aux rats musqués et aux visons.

La diversité des plantes s’accroissant, le gibier aquatique s’installe. Les étangs sont des lieux sûrs pour nidifier et élever des oisillons. Par exemple, 86 % de l’habitat de nidification du Canard noir est composé d’étangs de castors.

La disparition du castor dans la plus grande partie de l’Ontario au milieu du XIXe siècle a eu une incidence importante sur la biodiversité. Les barrages tombaient en ruines et s’effondraient. Les étangs et les terres humides se vidaient. Des forêts poussaient de nouveau dans les clairières créées par les castors, occupant les étangs et terres humides asséchés, couvrant d’ombre herbes, carex, arbustes et fleurs sauvages, et amoindrissant la diversité des végétaux, des oiseaux et des insectes. L’habitat aquatique se voyait réduit à de petits ruisseaux ombragés, et le riche habitat « de bordure » le long des rivages était éliminé, tout comme les chaudes eaux peu profondes et les eaux froides des profondeurs.

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Ce castor profite de l’eau du parc provincial des Chutes.

Depuis la fin de la traite des fourrures, le castor recolonise son ancien territoire. On estime la population actuelle à entre 6 et 12 millions. On trouve de nouveau des castors dans l’ensemble de l’Ontario, et la biodiversité s’est rétablie graduellement.

Où pouvez-vous en apprendre davantage sur le castor?

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Sculpture de castor dans le Centre d’accueil du parc de la Rivière-des-Français.

Les centres d’accueil des parcs provinciaux de la Rivière-des-Français et Samuel- de-Champlain évoquent tous deux le castor et racontent l’histoire de la traite des fourrures.

Vous pouvez également lire ici sur l’adaptation du castor aux hivers canadiens.

Il y a de nombreux sentiers tels que « le sentier Living Edge » dans le parc Six Mile Lake, « le sentier Beaver Dams » dans le parc Grundy Lake, et « le sentier Beaver Pond » dans le parc Algonquin, qui passent près d’étangs, de barrages et de huttes de castors.

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Le sentier Living Edge dans le parc Six Mile Lake

Si vous avez un peu de chance, vous pourrez apercevoir notre symbole national en train de nager dans son étang.