La forêt boréale, le royaume des oiseaux chanteurs de l'Ontario

La forêt boréale, le royaume des oiseaux chanteurs de l’Ontario

Le billet d’aujourtd’hui nous vient de Dave Sproule, spécialiste des programmes éducatifs du patrimoine naturel.

Les oiseaux migrateurs arrivent déjà sur les rives du lac Ontario et du lac Érié, et de nombreux parcs du sud organisent des événements et des festivals d’observation des oiseaux.

Mais pour la plupart des oiseaux migrateurs, ces parcs ne sont qu’une halte pour se reposer après avoir traversé ces grandes étendues d’eau. Leur destination peut être beaucoup plus au nord : la forêt boréale.

Qu’est-ce que la forêt « boréale »?

Boreal forestLa forêt boréale est vaste. Un des plus grands écosystèmes du monde, elle fait le tour des parties septentrionales du globe, de l’Europe au Canada, en passant par la Russie. Plus de la moitié de la superficie boisée en Ontario est couverte par la forêt boréale.

Le mot « boréal » signifie septentrional, ou du nord, et le climat est donc un facteur important déterminant le fonctionnement de cet écosystème et les espèces de plantes et d’animaux qui y vivent. À cause des hivers longs et froids, il faut être résistant pour survivre toute l’année.

Pour les plantes, cela signifie un nombre d’espèces moindre dans la forêt – seules celles qui sont adaptées à la vie dans les climats froids peuvent y arriver. La liste des arbres de notre forêt boréale est très réduite : pin gris, peuplier (comme le tremble), bouleau blanc, épinette noire et épinette blanche sont les principales espèces.

Il en va de même pour de nombreux animaux – ils doivent pouvoir supporter les hivers froids, ce qui fait qu’ils hibernent (comme les tortues, les grenouilles et les ours), ont une fourrure épaisse comme le lynx, le renard et le loup, ou ou élaborent d’autres stratégies de survie.

We spotted this gray jay in Missinaibi Provincial Park.
Nous avons aperçu ce mésangeai du Canada dans le parc provincial Missinaibi.

Toutefois, de nombreux oiseaux peuvent échapper au froid en s’envolant vers le sud, là où le climat est chaud et la nourriture abondante toute l’année. Certains restent vivre dans la forêt boréale, tels la chouette lapone, la mésange à tête brune et le mésangeai du Canada, mais la majorité des oiseaux migrent.

Donc, si la vie dans les paradis tropicaux est si extraordinaire, pourquoi les oiseaux parcourent-ils des centaines ou même des milliers de kilomètres pour gagner le nord de l’Ontario?

Yellow Warbler
Une paruline jaune attrape le déjeuner de ses petits dans le parc provincial Halfway Lake.

Un seul mot : la nourriture.

La forêt boréale est pleine de nourriture. Les hivers sont froids et enneigés, mais le printemps et l’été ont de longs jours ensoleillés. Les plantes poussent rapidement et, comme toujours, il y a quelqu’un qui attend pour les manger.

On peut trouver en très grand nombre des chenilles et d’autres larves d’insectes se nourrissant de plantes, et les oiseaux sont là pour les trouver. Pendant la saison des amours, même les espèces que l’on considère souvent comme des granivores ont besoin de quantités considérables d’insectes pleins de protéines pour nourrir leurs oisillons en pleine croissance.

Quels types d’oiseaux vivent-ils dans la forêt boréale?

Un fait amusant à propos des oiseaux de la forêt boréale : beaucoup ont acquis des noms communs apparemment étranges. C’est souvent parce qu’ils ont été nommés par des observateurs loin de leur habitat habituel. C’est le cas pour certaines espèces de parulines, dont les noms anglais évoquent d’autres contrées que la forêt boréale : Palm warbler, magnolia warbler, Connecticut warbler et Tennessee warbler, nommés en cours de migration.

Parulines

Les parulines sont une famille d’oiseaux chanteurs aimés des ornithologues amateurs. On trouve parmi elles quelques-unes des espèces les plus recherchées pour leur diversité, leur coloris et leur chant magnifique.

Certaines, comme la paruline jaune, se reproduisent dans une grande partie de l’Amérique du Nord, mais d’autres ne le font que dans la forêt boréale. On trouvera différentes espèces dans différents types d’habitats.

Palm Warbler
Paruline à couronne rousse

 La paruline obscure nidifie sur le sol dans des bois mixtes relativement ouverts, tandis qu’on trouve la paruline à couronne rousse près de tourbières et de forêts de conifères humides ouvertes. D’autres, comme la paruline à poitrine baie, nidifie dans des peuplements de conifères relativement denses. La paruline à tête cendrée vit dans les hauteurs des pins et des sapins, et on ne l’aperçoit que rarement près du sol, mais on entend facilement son chant.

Les parulines sont des « glaneuses », c’est-à-dire qu’elles recherchent avec soin des insectes se cachant sous les brindilles et les feuilles. La paruline tigrée est une spécialiste de la tordeuse des bourgeons de l’épinette, qui examine les aiguilles pour y trouver les chenilles qui, certaines années, peuvent dévaster les sapins.

Cape May warbler
Paruline tigrée

Certains oiseaux familiers peuvent également être aperçus en train de nidifier dans la forêt boréale, car beaucoup d’oiseaux du sud de l’Ontario migrent vers la forêt boréale pour profiter des nombreux insectes.

Bruants

On voit souvent l’iconique bruant à gorge blanche, connu pour son chant distinctif « Je suis Frédéric, Frédéric, Frédéric », à la limite entre les clairières et les zones boisées, habitat de lisière idéal pour la nidification.

White-throated sparrow
Bruant à gorge blanche
Juvenile junco
Juvenile junco

 Les juncos peuvent être en hiver des oiseaux familiers profitant des mangeoires d’arrière-cour, avec leur plumage gris et les éclairs blancs de leur queue, mais dès l’arrivée du printemps ils disparaissent et se dirigent vers la forêt boréale, où la majorité d’entre eux se reproduisent.

 Le bruant de Lincoln dépend également de la forêt boréale, mais il habite les lisières humides, entre marges boisées et eaux libres.

Grives

Avec les longues heures de jour, les oiseaux peuvent rechercher plus longtemps leur nourriture, et avec un grand nombre d’insectes à manger ils peuvent élever beaucoup de petits. Leurs territoires peuvent être très près les uns des autres puisque la nourriture est très abondante.

L’été dernier, à portée de voix de notre emplacement de camping dans le parc provincial Ivanhoe Lake, nous avons entendu trois grives à dos olive mâles chantant pour s’avertir les unes les autres, ce qui montrait bien à quel point leurs territoires peuvent être proches].

Mais comment les distinguer?

Il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste des oiseaux pour apprécier la diversité et l’abondance des oiseaux dans de nombreux parcs du Nord.

Vous n’avez pas besoin d’une multitude d’appareils sophistiqués pour apprécier les oiseaux et la nature. Il suffit de les écouter et de les voir dans leur environnement naturel le long d’un sentier de parc. Mais si vous voulez en savoir davantage à leur sujet, comme la famille d’oiseaux à laquelle ils appartiennent, ou même leur espèce, des jumelles peuvent être fort utiles.

birder with binoculars

Un guide d’identification vous aidera à déterminer à quel oiseau vous avez affaire si vous avez de bons yeux : Sibley, National Geographic et Sélection en sont de bons exemples parmi d’autres.

Il suffit d’un clic pour trouver ce que d’autres ont vu dans des parcs

Palm warbler
Paruline à couronne rousse

La plupart des parcs provinciaux figurent parmi les endroits névralgiques pour l’observation des oiseaux sur eBird, une appli scientifique citoyenne où l’on peut signaler les observations d’oiseaux, en indiquant les espèces et les lieux où elles ont été observées.

Et il existe beaucoup d’autres applis pour votre iPod ou votre iPhone. Sibley offre un eGuide que vous pouvez retrouver sur votre appareil. iBird est un autre guide. Merlin Bird ID vous pose quelques questions sur l’oiseau que vous avez vu pour vous aider à l’identifier, et un certain nombre d’autres applis telles que birdJam utilisent des enregistrements de chants d’oiseaux et des photos pour vous aider à identifier ce que vous avez vu.

Quoi de mieux qu’une randonnée pour regarder et écouter les oiseaux?

Il est bien connu que le plein air améliore votre santé, tant physique que mentale, mais des chercheurs croient qu’écouter des oiseaux chanter a des effets bénéfiques sur notre bien-être mental.

Que vous vous contentiez de regarder et d’écouter, ou que vous deveniez un observateur d’oiseaux enthousiaste, une excursion dans nos forêts du Nord pour connaître la vie des oiseaux dans les parcs de l’Ontario sera saine et enrichissante.