Coup de fouet cervical provoqué par un petit-duc

Dans le billet d’aujourd’hui, Alistair MacKenzie, gestionnaire des programmes éducatifs du patrimoine naturel dans le parc provincial The Pinery, raconte une rencontre dramatique avec un petit-duc maculé.

Nous avions désespérément besoin d’avoir des preuves de la reproduction du petit-duc maculé pour les carrés de notre étude destinée à l’Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario en 2005.

C’était notre dernière chance, car l’atlas allait clore la période de collecte de données, et j’étais contrarié, puisque j’avais la conviction que le petit-duc maculé se reproduisait effectivement dans le parc, mais malheureusement nous n’avions jamais réussi à nous trouver au bon endroit au bon moment pour le confirmer.

Une conversation informelle avec une de mes collègues un après-midi allait changer cela.  Marilyn m’a appris qu’il y avait plusieurs petits hiboux dans sa cour juste à l’extérieur du parc. Je lui ai posé quelques questions pour en savoir plus et ses réponses m’ont tout de suite enthousiasmé. Avec celle qui était alors ma fiancée et un ami ornithologue amateur, nous nous sommes rendus chez Marilyn le lendemain soir à la brunante.

forest

Une fois arrivés sur place, cependant, nous avons eu la triste surprise d’apprendre que les oiseaux semblaient être partis ailleurs. Nous avons cherché mais n’avons trouvé aucun signe d’eux, ni restes de nids, ni cris de petits appelant leurs parents, ni oiseaux chassant pour se nourrir.

Nous nous préparions à rentrer quand Marilyn, voyant que nous étions quelque peu déçus, nous a suggéré de nous rendre dans la zone de conservation juste au bout de la rue. Enthousiasmés par la proposition, nous nous sommes aussitôt mis en route. Nous nous sommes garés tranquillement, fermant les portes silencieusement en les poussant avec la hanche.

Nous sommes restés là en silence pendant quelques minutes à écouter et à surveiller dans le noir. C’était une nuit obscure et sans lune. Puis, au loin, nous avons entendu une série de roucoulements et de sifflements courts, et nous sommes aussitôts devenus très excités.

Nous avions apporté des lampes de poche dont le verre était muni d’un filtre rouge. (La lumière rouge ne nuit pas autant à la vision nocturne que la lumière blanche.) Nous nous sommes précipités vers un petit bosquet d’arbres et nous avons de nouveau écouté passionnément. Des roucoulements et des sifflements nous sont de nouveau parvenus depuis l’autre côté du champ. Je me suis mis à imiter un petit-duc maculé adulte pour voir si je pouvais confirmer ce que nous entendions.

Dès que j’ai commencé à imiter le petit-duc……tout bruit à cessé.

J’étais un peu mortifié. Étant un naturaliste chevronné, je devrais savoir faire une imitation passable du cri du petit-duc maculé. Nous gardions un silence total dans le noir. Chant de grillons.

Légèrement penaud, j’ai décidé de tenter d’imiter le son d’une souris en émettant un couinement. J’ai léché mes doigts, et inspiré de l’air par l’interstice entre mes deux doigts et j’ai émis une série de couinements très forts. Silence profond : je me sentais encore plus piteux.

Dans le noir, je pense que tous les trois nous étions en train de nous résigner à ne pas obtenir de preuve solide de reproduction. Mais comme je suis têtu, j’ai décidé de m’essayer à un dernier couinement.

Immédiatement après avoir émis un son, j’ai senti un coup violent sur ma tempe droite. Je me suis senti aussitôt étourdi et mes genoux ont commencé à se dérober sous moi.

Un oiseau m’avait attaqué directement à la tête et m’avait violemment frappé!

Dans la confusion qui a suivi, j’ai allumé ma lampe de poche munie de son filtre rouge et des lumières ont commencé à balayer la clairière. Mes compagnons ont également allumé leurs lampes de poche et se sont d’instinct jetés au sol.

Au-dessus de nous, un petit-duc maculé adulte me menaçait en faisant vivement claquer son bec, virevolatant et bourdonnant au-dessus de ma tête. Nous couchant au sol et nous protégeant la tête, nous avons rampé frénétiquement jusqu’à notre véhicule, l’obscurité percée d’éclairs de lumière rouge et de cris d’effroi.

Nous avons rapidement battu en retraite et laissé les oiseaux en paix. Pendant un moment, nous nous sommes occupés de mes blessures – les griffes du petit-duc m’avaient infligé quatre profondes plaies punctiformes à la tempe.

puncture wounds from owl
Aille!

Nous avions été chassés par cet oiseau de 20 à 25 cm d’un poids impressionnant de 5,9 onces!

J’ai souffert pendant environ une semaine d’un cas de coup de fouet cervical infligé par un petit-duc et j’ai passé beaucoup de temps à me demander quelles auraient été les conséquences s’il s’était agi d’un oiseau plus gros!

Prudence : imiter des animaux dans la nature peut les perturber. Bien qu’il soit excitant d’interagir avec la faune, vous pouvez lui nuire indûment en imitant des chants ou des appels nuptiaux. Dans le cas présent, nous souhaitions nous assurer que l’espèce se reproduisait bien dans ce secteur de l’Ontario. Nous n’avons pas pour habitude d’imiter les strigidés et nous vous incitons à écouter et à faire l’expérience de la faune de l’Ontario, mais nous vous prions de faire votre part pour nous aider à la garder sauvage.