Science
La pose de colliers émetteurs sur les caribous
on s'y mouille.
Les douze personnes qui se sont mises en marche, à l'aube de ces fraîches matinées de printemps, à 400 kilomètres au nord de Thunder Bay, ont vite découvert que les pantalons-bottes montant jusqu'à la poitrine n'étaient pas ce qu'il fallait pour partir à la recherche de l'insaisissable caribou des bois. Ces animaux timides, surnommés les fantômes des forêts, peuvent échapper facilement aux meilleurs des pisteurs et nager vers une autre île ou la terre ferme aussi aisément qu'ils se faufilent discrètement dans les forêts. Les membres de l'équipe, dont Catherine Lipsett-Moore, biologiste spécialisée dans les espèces en péril et une stagiaire, Lisa Eddy, devaient marcher en ligne droite à travers les marécages, les ruisseaux, les taillis et le muskeg et finissaient souvent par devoir nager pour essayer de trouver et de rabattre les caribous dans le lac Ogoki-mojikit afin d'en capturer un.
Cette expédition de cinq jours avait pour objectif de poser un collier émetteur sur au moins une femelle caribou en vue de suivre ses déplacements, surtout au moment de la mise bas le printemps suivant. Des satellites suivent les déplacements de tous les animaux qui portent un collier émetteur et fournissent de l'information précieuse sur leur habitat hivernal et estival ainsi que sur les endroits qu'ils fréquentent à certains moments de leurs cycles de reproduction.
L'équipe en question avait le privilège d'être commanditée par plusieurs pourvoyeurs : Mattice Lake Outfitters, Armstrong Outpost Outfittlers et Ogoki Frontier Outfitters. Wilderness North Outfitters fournissait l'hébergement et la nourriture. Les équipiers n'avaient donc pas à dormir sous la tente, puisqu'ils disposaient de cabines et de vrais lits, ni à allumer un feu de camp pour préparer leurs repas. «Le grand luxe», selon Catherine.
La partie «gîte touristique» de l'expédition pouvait sembler luxueuse mais il a fallu déployer beaucoup d'efforts pour inciter un caribou à entrer dans l'eau afin de permettre aux autres membres de l'équipe, qui attendaient dans un canot pneumatique, de s'approcher pour poser le collier émetteur sur l'animal pendant qu'il nageait. Cette méthode est considérée comme la moins coûteuse et la moins traumatisante de poser un collier émetteur, mais elle exige des marches longues et ardues, en terrain accidenté, de la part de l'équipe de 12 personnes qui se déploie en forêt. Chacun doit cheminer à la boussole, en ligne droite autant que possible, à portée de voix mais pas nécessairement en vue de ses collègues de part et d'autre.
Le groupe a vu 13 caribous. Toutefois, la météo était capricieuse et n'a pas facilité les choses. Il ventait souvent très fort et les vagues étaient trop hautes pour que les caribous s'aventurent à nager. Ces animaux, qui courent exceptionnellement vite, dépassaient l'équipe de marcheurs et évitaient l'eau et l'équipe en attente dans le canot pneumatique. Un mâle curieux, à la différence de la plupart des caribous, allait et venait
comme s'il voulait jouer à cache-cache. Cependant, ce n'était pas un mâle que l'on recherchait dans cette aventure.
Typiquement, une journée de travail durait de 12 à 13 heures. Les deux bateaux, l'un ayant un observateur à son bord et l'autre, deux personnes chargées de la capture, étaient à l'eau dès l'aube. Ils commençaient par déposer les autres personnes sur une île ou une péninsule, en évitant les billes de bois submergées et les rochers et en essayant de ne pas effrayer la faune. Là, les membres de l'équipe déterminaient leur direction à la boussole et se mettaient en marche. Ils couvraient beaucoup de kilomètres en une journée et, bien que souvent sur la terre ferme, ils avaient les pieds mouillés à longueur de journée. Il arrivait que la ligne suivie les conduise en eau profonde. Le plus important était de garder la radio et la boussole au sec
non pas de se préoccuper de nager.
Lorsqu'un caribou était en vue, c'était très excitant, selon Lisa : toutes les radios commençaient à grésiller, les personnes stationnées dans les canots cherchaient à le repérer avec les jumelles et essayaient de voir ce qui se passait. Un caribou pouvait facilement nager d'une île vers la terre ferme pour disparaître ensuite dans la forêt avant que le canot pneumatique ne puisse s'approcher.
La pose d'un collier émetteur sur un caribou était le principal objectif de cette expédition mais d'autres aspects biologiques intéressants ont attiré l'attention des membres de l'équipe. Ils ont vu des ours et ont gardé l'il ouvert pour repérer les plantes et oiseaux rares. Plus important encore, ils ont pu se faire une meilleure idée du genre d'habitat dont le caribou a besoin. Traverser des îles, des péninsules, des plages et des taillis profonds leur ont permis de bien connaître les préférences du caribou. Pendant ces cinq jours, ils ont examiné soigneusement les signes de la présence de caribous, y compris les pistes et le crottin, et ils ont eu des contacts visuels à l'occasion. Au cours des deux prochaines années, les relevés des satellites aideront les biologistes et autres chercheurs à en apprendre davantage sur les besoins et les préférences du caribou des bois en matière d'abri ainsi que sur la relation entre cet animal et la navigation puisque la pêche, la chasse et l'écotourisme sont des activités récréatives populaires dans le Nord.
Ce n'est pas la première fois qu'on cherche à poser des colliers émetteurs sur des caribous dans la région du nord-ouest. Selon Rick Gollat, biologiste du MRN s'occupant du caribou des bois depuis plusieurs années, on a commencé dès 1995 en posant plus d'une trentaine de colliers. Surveiller les activités du caribou à l'aide d'un collier émetteur constitue une méthode efficace de les suivre et d'obtenir des données, dit-il.
Les pourvoyeurs participent également aux recherches sur le caribou en mettant des affiches dans les chambres de leurs clients leur demandant de signaler chaque fois qu'ils voient un caribou. Ils ont par ailleurs nourri et hébergé l'équipe de recherche pendant l'expédition de juillet.
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a déclaré le caribou des bois une espèce en péril, et l'Ontario doit mettre sur pied un plan de rétablissement au cours des deux prochaines années. Catherine fait partie de l'équipe chargée de l'élaboration de ce plan. À son avis, l'information recueillie grâce aux animaux portant un collier émetteur sera très utile à cet effet. Même si l'aventure a été plutôt «mouillée» et si un seul des 13 caribous observés répondait aux critères du programme, l'équipe est heureuse d'avoir atteint son objectif.
Les espèces en péril - agissez dès aujourd'hui pour qu'elles aient un lendemain!
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